
Le récit économique
Le récit économique
Le récit économique puise ses racines dans ce terreau anthropologique où, depuis l'Antiquité, les signes monétaires et linguistiques se pensent conjointement. Cette gémellité, qui fonde au XVIIIe siècle l'élaboration réciproque des sciences des mots et de l'économie, irrigue le roman du XIXe qui intègre les motifs économiques au coeur des structures narratives traditionnelles. Le récit économique joue ainsi des ressorts romanesques de l'économie, en exploite avec maestria la charge « magique » et mâtine son réalisme d'épique, de fantastique ou de tragique.
Cette « poétique économique » inventée par Balzac repose sur des dispositifs qui ne visent pas seulement à rendre compte des réalités économiques et financières, mais à restituer l'expérience subjective de l'argent. Là réside le pouvoir heuristique d'un récit qui, au fil du XIXe et du XXe siècle, subvertit les structures romanesques classiques pour interroger la dérégulation de la valeur, la virtualité du signe monétaire et la distorsion des temporalités du sujet économique. Ce pouvoir de subversion est au coeur des plus récents récits économiques qui questionnent plus radicalement encore une logique (néo)-libérale dont ils dénoncent la fiction.
« De là, enfin, résultent les fascinations suscitées par la capacité illimitée de l'argent à tout représenter. C'est sur ce fond en quelque sorte archaïque que sont nés les récits d'argent, de cette commune aptitude de l'économie et de la littérature à désigner et à faire circuler signes et valeurs voire à créer de la valeur... avec les phénomènes de transcendance ou d'auto-transcendance que cela implique. On ne s'étonnera donc pas que les récits d'argent soient aussi vieux que le monde.
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