
Le philosophe qui aimait les histoires : l'anthropologie platonicienne du fait poétique
Des dialogues de Platon, on retient d'abord et avant tout leurs nombreux mythes. Leur sens ne va cependant pas de soi : comment en comprendre 1'usage dans le cadre d'oeuvres philosophiques, et plus encore de la part d'un penseur auquel on a fait la réputation d'être « l'ennemi des poètes » ? Comment les lire ?
Il s'agit dans cet ouvrage de montrer que les mythes (en grec : mûthoi), c'est-à-dire les histoires, sont au coeur du projet philosophique platonicien. Ils le sont d'abord en tant qu'objet d'analyse : on trouve dans les Dialogues les éléments d'une théorie littéraire qui rejoint les réflexions contemporaines sur la fonction anthropologique fondamentale de la fiction. En mettant en lumière la manière dont elles influent sur les âmes, Platon montre que les histoires transmettent des valeurs et sont le socle de toute éducation et de toute cité. Il s'ensuit qu'elles ont un rôle philosophique à jouer, lorsque leur contenu, tout en étant fictionnel, est vrai, c'est-à-dire cohérent avec ce qui est réellement : parce qu'elles touchent l'âme au plus profond en lui procurant du plaisir, elles sont tout particulièrement aptes à susciter cet état d'âme et cette attitude en quoi consiste ce que Platon appelle philosophia.
La réflexion platonicienne sur les histoires et sur leur rapport étroit à la philosophie, ainsi mise en lumière, permet de proposer une nouvelle méthode, non allégorique, de lecture des mythes platoniciens.
Je relis L'enfant d'Agrigente, je relis Le latin mystique, je relis Curtius, Auerbach, Pierre de Nolhac... : je les réunis en esprit dans une collection idéale qui satisfait à la conception que je me fais de l'essai. Le mot est à la mode et désigne un genre polymorphe : essais historiques, scientifiques, politiques, critiques ; tantôt l'exposé d'un point de vue brillant et instantané, proche du pamphlet, tantôt la quintessence de recherches patientes dans un champ disciplinaire donné. C'est plutôt ainsi que je vois la création d'une collection intitulée « Les Belles Lettres/ essais ». Dans le paysage éditorial français, notre maison se distingue par la place qu'elle réserve à l'érudition, cette sévérité, qui est de fondation, est son honneur. Elle se distingue aussi par la place éminente donnée à des langues et à une culture qui sont de plus en plus l'apanage de spécialistes. Mais l'érudition n'est pas cuistrerie et il arrive que la spécialité partagée vienne enrichir d'un éclat irremplaçable la culture universelle. Seulement, il faut, pour cela, infuser à la philologie une âme, c'est-à-dire de l'amour - et un style. Ou, comme sur la monnaie d'Auguste, à la lenteur cuirassée du Crabe marier la légèreté du Papillon1. C'est le rôle de l'essai, essai en ce sens aussi que, relevant ce défi, on a mesuré la part de risque.
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